Près de quatorze ans après son commencement, la révolution syrienne a triomphé. La chute du régime de Bachar al-Assad survenue le 8 décembre 2024 marque non seulement le succès de la révolution, mais aussi l'entrée dans une période d'incertitude pour l'ensemble des Syrien·nes, en Syrie et en exil. Rappeler les origines et les espoirs de ce mouvement apparaît dès lors nécessaire.
Au début 2011, en écho aux soulèvements égyptien et tunisien, de premières demandes de réformes économiques, sociales et politiques se font jour en Syrie. Les manifestations et les rassemblements prennent de l'ampleur à compter du mois de mars suite à l'arrestation et à la torture d'un groupe d'adolescents par les services de renseignement dans la ville de Deraa. Commence alors à émerger un mouvement populaire organisé sur une base multiconfessionnelle qui revendique la chute du régime. Si la violence de la répression à laquelle il s'expose fait rapidement basculer la contestation dans un conflit armé et contribue à marginaliser l'opposition civile, celle-ci persiste à se mobiliser. Au plus fort de la révolution, ce sont ainsi près de 800 comités locaux de coordination fonctionnant de manière relativement démocratique qui sont actifs à travers les territoires de l'opposition et qui prennent en charge la vie culturelle, économique, sociale et politique. En outre, la révolution est l'occasion de voir apparaître un ensemble d'organisations (centres de documentation, médias – tels Enab Baladi ou al-Jumhuriya –, associations de femmes, partis politiques, etc.) qui entendent en incarner l'esprit et en rappeler les revendications de dignité, de justice et de liberté.
Comme l'écrivait récemment l'écrivain Robin Yassin-Kassab [1], si la transition politique entend réussir, elle devra s'appuyer sur cette société qui a maintenu vivant l'esprit et la mémoire de la révolution bien plus que sur les seuls hommes en armes désormais au pouvoir.
[1] Robin Yassin-Kassab, « Syria Needs a Strong Society, Not a Strongman », Newlines Magazine, 23 janvier 2025. En ligne : newlinesmag.com/argument/syria-needs-a-strong-society-not-a-strongman
Photo : Quelques centaines de Syrien·nes, d'ami·es et d'allié·es venu·es célébrer la chute du régime Assad. 14 décembre 2024, Place des Arts, Montréal. (Crédit : Nicolas Lacroix)